IL EXISTE PLUSIEURS VIES DANS UNE VIE

« Ne jamais perdre de vue ce qui nous rend utiles et donne du sens à notre existence. »

— Pascal Sancho

J’ai longtemps cru qu’en quittant le secours en montagne, je perdrais le sens de ma vie. Ce métier avait été bien plus qu’une profession : une passion, un engagement, une raison de me lever chaque matin, mon oxygène.

Les livres, les conférences et aujourd’hui la scène m’ont appris qu’il existait d’autres façons d’être utile et de transmettre.

Au fil de mes rencontres en entreprise, j’ai aussi découvert combien il est parfois difficile de garder conscience du sens de son action et de ce que l’on apporte aux autres.

Alors, comment continuer à avancer lorsque l’on pense avoir atteint la fin d’un chemin ? Peut-être en acceptant que la vie nous réserve encore des horizons que nous n’avions jamais imaginés.

1. AUCUN RÊVE N’EST INACCESSIBLE AVANT D’AVOIR ESSAYÉ

Pendant des années, je n’aurais jamais imaginé monter un jour seul sur une scène pour raconter mon parcours et transmettre ce que le secours en montagne m’avait appris.

J’étais dans l’action, au cœur des opérations, dans un univers où l’on prépare, où l’on décide et où l’on agit. La scène appartenait à un autre monde, avec ses codes, ses exigences et ses incertitudes. Un monde d’ombres et de lumières, où, cette fois, ma place serait devant.

Pourtant, cette idée a fini par prendre forme. Il a fallu la concevoir, rencontrer les bonnes personnes, accepter de ne pas tout maîtriser et franchir les étapes les unes après les autres.

La première leçon est peut-être là : nous nous interdisons parfois des chemins simplement parce que nous ne les avons jamais empruntés.

Un rêve ne devient pas un projet parce qu’il est raisonnable. Il le devient lorsque nous décidons de lui donner une chance

2. LA CURIOSITÉ OUVRE DES PORTES QUE NOUS NE CONNAISSIONS PAS

Changer de chemin suppose d’accepter de découvrir des univers que nous ne connaissons pas.

L’écriture m’a conduit vers les livres. Les livres m’ont ouvert les portes des conférences. Les conférences m’ont permis de rencontrer des femmes et des hommes issus d’horizons très différents. Et la scène m’a amené à travailler avec des professionnels dont les compétences m’étaient jusque-là étrangères.

À chaque étape, j’ai dû apprendre, écouter, observer et parfois remettre en question mes habitudes.

Nous avons souvent tendance à nous définir par ce que nous savons faire, par notre métier ou par la fonction que nous occupons. Mais notre expérience ne se limite pas à un titre ou à une compétence. Elle peut trouver de nouvelles expressions, à condition de rester curieux et fidèle à nos valeurs.

La curiosité n’est pas un simple goût pour la nouveauté. C’est une manière de rester ouvert aux autres et aux possibilités que nous n’avions pas envisagées.

Ce que nous ne connaissons pas encore n’est pas nécessairement hors de notre portée.

3. IL EXISTE PLUSIEURS VIES DANS UNE VIE

Quitter le secours en montagne a été une rupture profonde. J’avais consacré une grande partie de mon existence à cette mission. J’y avais trouvé ma place, mon utilité et une grande part de mon identité.

Lorsque cette période s’est achevée, j’ai dû affronter une question que je n’avais pas vraiment anticipée : et maintenant, à quoi vais-je servir ?

Je pensais avoir perdu une fonction. Je craignais d’avoir perdu ce qui donnait du sens à ma vie.

J’ai découvert, progressivement, qu’il était possible de poursuivre le même engagement autrement. Je ne secourais plus des personnes en montagne, mais je pouvais transmettre ce que ces années m’avaient appris sur la confiance, la solidarité, la décision et la responsabilité.

Le terrain avait changé. La forme de mon engagement aussi. Mais une partie essentielle de ce qui m’animait demeurait.

Nous ne choisissons pas toujours les fins de chapitre. En revanche, nous pouvons parfois décider de ce que nous allons écrire ensuite.

Changer de vie ne signifie pas nécessairement renoncer à ce qui nous a construits. Cela peut aussi être une manière de le faire vivre autrement.

4. POUR AVANCER, IL FAUT ACCEPTER DE NE PAS TOUT MAÎTRISER

Dans le secours en montagne, la préparation est indispensable. Elle permet d’anticiper, de limiter les risques et de se donner les meilleures chances de réussite. Mais elle ne supprime jamais complètement l’incertitude.

J’ai retrouvé cette réalité dans la préparation de mon spectacle. Il a fallu accepter un nouvel environnement, apprendre d’autres méthodes de travail et faire confiance à des personnes qui maîtrisaient des domaines que je découvrais.

On ne peut pas attendre de tout savoir avant de commencer. Si nous exigeons de maîtriser chaque paramètre, nous risquons de ne jamais franchir le premier pas.

Cela ne signifie pas agir sans réfléchir. Il s’agit de préparer ce qui peut l’être, de s’entourer, d’évaluer les risques et d’accepter qu’une part d’inconnu demeure.

L’expérience nous apporte des repères. Elle ne doit pas devenir une prison qui nous empêche d’explorer.

Il faut parfois accepter de redevenir débutant pour continuer à progresser.

5. RETROUVER LE SENS DE CE QUE L’ON FAIT

Au fil de mes conférences en entreprise, une question revient, parfois sans être formulée explicitement : savons-nous encore vraiment à quoi nous servons ?

Nous connaissons nos objectifs, nos indicateurs, nos procédures et nos échéances. Nous savons souvent ce que nous devons accomplir. Mais avons-nous toujours conscience de ce que notre travail apporte aux autres, à l’équipe ou au projet collectif ?

Dans le secours en montagne, le sens de l’action était souvent immédiat. Une équipe se mobilisait pour porter assistance à une personne en difficulté. Chacun devait comprendre son rôle et mesurer la portée de son engagement.

Dans une organisation, ce lien peut devenir moins visible. Les tâches se fragmentent, les responsabilités se répartissent et les objectifs s’accumulent. On peut finir par exécuter correctement son travail sans toujours percevoir sa contribution à l’ensemble.

Le rôle du leadership est aussi de redonner cette perspective : expliquer pourquoi nous agissons, rappeler ce qui nous rassemble et permettre à chacun de comprendre en quoi son action compte.

C’est également ce que je cherche à transmettre aujourd’hui. Mon parcours n’a pas pour seul intérêt de raconter ce que j’ai vécu. Il prend tout son sens si les enseignements du secours en montagne peuvent aider d’autres personnes à mieux travailler ensemble, à retrouver leur capacité d’agir et à mesurer leur utilité.

Car le sens ne se trouve pas uniquement dans la fonction que nous occupons. Il se construit aussi dans ce que nous apportons, dans les liens que nous tissons et dans ce que nous transmettons.

Nous n’avons pas toujours le pouvoir de choisir le chemin. Mais nous pouvons chercher ce qui, sur ce chemin, mérite que nous avancions.

CHANGER DE CHEMIN, GARDER LE CAP

Je ne considère pas la scène comme un remplacement du secours en montagne. Elle est une nouvelle étape, différente, une forme de continuité qui prolonge à sa manière ce que cette expérience m’a appris.

J’ai découvert qu’une existence pouvait contenir plusieurs vies, plusieurs engagements et plusieurs manières d’être utile. Il faut parfois du temps pour le comprendre, du courage pour l’accepter et de l’audace pour commencer.

Peut-être est-ce vrai aussi pour les équipes et les entreprises : lorsque les repères changent, il ne suffit pas de poursuivre les habitudes. Il faut retrouver le sens de l’objectif, comprendre ce qui nous rassemble et permettre à chacun de voir la valeur de sa contribution.

Au fond, s’élever ensemble, c’est aussi cela : continuer à apprendre, à transmettre et à chercher ce qui donne du sens à notre action.

Parce qu’une vie ne se résume pas à une fonction, et qu’un chemin qui s’achève peut en révéler un autre.

Transposer les enseignements de la montagne et du sauvetage à l'entreprise

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